Maladies à vendre [Diseases for Sale]

jeudi 5 mars 2009, par Laurent Lemire

Le londonien Christopher Lane est une personnalité du milieu des sciences humaines aux Etats-Unis. Professeur de littérature à la Northwestern University de Chicago, spécialiste de l’histoire intellectuelle aux XIXe et XXe siècles, il bouscule souvent le conformisme universitaire. Cette fois, il est allé enquêter du côté des laboratoires pharmaceutiques, des agences de pub et de l’administration pour expliquer comment la société invente des maladies pour vendre des médicaments. Résultat, son brillant essai sur la manière dont l’introverti s’est vu requalifié en psychotique léger s’est installé dans les meilleures ventes pendant neuf fois en 2007 et 2008.

Dans cette enquête menée tambour battant qui paraît ces jours-ci chez Flammarion [1], il raconte comment des commissions, derrière des portes closes, ont réussi en six ans à transformer un trait de caractère – la timidité – en pathologie après d’épiques batailles de diagnostics. Mais Christopher Lane nous propose aussi de réfléchir sur cette curieuse volonté de soigner « l’anxiété sociale » et sur l’idée même de normalité dans nos sociétés aseptisées.

Entretien

L’@mateur d’idées – Vous expliquez très bien comment l’anxiété est devenue une maladie. Mais pourquoi l’est-elle devenue ?

Christopher Lane – En premier lieu, parce que l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association, APA) a ajouté en 1980 la « phobie sociale » à la liste des nouvelles maladies mentales avec des symptômes comme « la peur de manger seul dans un restaurant » ou « la peur de parler en public » ce qui relève exactement de la timidité. Les sociétés de communication et de publicité ont ensuite propagé cette idée dans les médias et les laboratoires pharmaceutiques ont cherché à convaincre le grand public qu’il fallait faire face à une « épidémie de timidité ». C’est ainsi qu’en 1993, le magazine Psychology Today (« Psychologie aujourd’hui ») a qualifié la « phobie sociale » de « trouble de la décennie ». En regardant ce qui s’est passé, je suis étonné de voir comment une si petite preuve scientifique a permis de créer une nouvelle maladie tout en restant imperméable à la véritable tragédie que cela pouvait avoir sur les gens.

Dans un deuxième temps, on comprend que l’APA voulait supprimer la « névrose d’angoisse » de son manuel de diagnostic, parce que le terme de névrose était trop connoté à la psychanalyse et apparemment pas assez scientifique pour elle. Mais son propre procédé relève plus de l’hypothèse que de la science. Après avoir décidé que l’inquiétude était en fait un désordre mental, L’APA a été obligé de redéfinir – en fait à réinventer – tous les aspects de cette inquiétude, y compris sous ses formes relativement légères, en leur donnant des termes psychiatriques. Ainsi, par exemple, elle a créé le désordre de panique, le trouble anxieux généralisé, et la phobie sociale. C’est ainsi que des millions d’Américains, d’Européens, et d’Asiatiques ont pris des médicaments uniquement parce qu’un comité s’était réuni vers la fin des années 70 et que plusieurs psychiatres ont réussi à faire adopter leurs hypothèses comme de nouveaux désordres mentaux. J’ai passé en revue leur correspondance, leurs rapports et souvent leurs débats et je suis obligé de constater que leur justification est aussi mince qu’ inquiétante.

L’@mi – Comment la timidité a-t-elle été perçue avant notre époque moderne ? Était-elle mal ou bien vue ?

C.L. – Pendant les trois dernières décennies, la timidité a été perçue comme une forme fortement fragilisante et cause de grande angoisse et souvent d’accablement. Aux XIX e et XX e siècle, dans l’ensemble, la timidité était assimilée à la modestie, à l’introspection et elle était le plus souvent vue comme un trait de caractère sans importance, voire positif. Aujourd’hui, il est certain que la moitié de ces personnes se définiraient comme timides. C’est infiniment banal de voir les gens décrire leur personnalité désormais. Pourtant, il est intéressant de rappeler qu’avant le XVII e siècle, le mot ne s’appliquait qu’aux animaux – les chevaux, par exemple, étaient ombrageux – et que pendant longtemps, même lorsqu’il s’appliquait aux hommes, il n’a été utilisé que pour décrire des groupes et même des communautés entières jugés discrètes ou retirées. Ainsi, l’idée que la timidité a une dimension pathologique chez l’individu est très récente en effet.

L’@mi – Quelle a été l’importance des laboratoires pharmaceutiques dans ce processus ?

C.L. – Les entreprises pharmaceutiques ont commencé à jouer un rôle significatif vers la fin des années 50 et au début des années 60, quand ils ont commencé à lancer des antidépresseurs et d’autres médicaments psychotropes pour la consommation individuelle plutôt que, comme par le passé, pour de grands hôpitaux psychiatriques gérés par l’Etat. Le Collegium Internationale Neuropsychopharmacologium (CINP) a été formé dans les années 50 et ses premiers congrès ont été organisés par de grandes maisons de l’industrie pharmaceutiques comme Roche, Sandoz et Rhône-Poulenc. Aux Etats-Unis depuis 1997, les entreprises pharmaceutiques ont concentré leurs énormes ressources financières au développement de ces marchés auprès des consommateurs et ils ont dépensé pour cela près de 3 milliards de dollars (2,37 milliards d’euros) chaque année en publicité. La campagne pour la timidité disait : « Et si vous étiez allergique aux gens ? ». Pour le Deroxat, le médicament prescrit dans cette campagne, il en a coûté à GlaxoSmithKline 92,1 millions de dollars (72,7 millions d’euros) en publicité et promotion pour l’année 2000, soit 3 millions de dollars de plus que pour ce qui a été dépensé en faveur du Viagra.

« Et si vous étiez allergique aux gens ? »

L’@mi – Tous les psychiatres américains acceptent-ils le Manuel de Diagnostic de l’APA ?

C.L. – En fait aucun ne l’ accepte. La plupart d’entre eux constatent que le Manuel de Diagnostic pose plus de problèmes qu’il n’en résout, qu’il est peu fiable, contradictoire et envisage des maladies qui n’en sont pas. Mais puisque ce Manuel a été crédité d’une telle autorité par un grand nombre de psychiatres réputés, qu’il est reconnu par les compagnies d’assurance maladie, les tribunaux, les prisons, les écoles et la plupart des professionnels de la santé aux Etats-Unis, ce désaccord est insignifiant et n’entame en rien son prestige. Récemment, tout de même, les médias américains ont commencé à s’intéresser à l’histoire de ce Manuel, à son contenu et se sont posé des questions à son sujet. Mais nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant que l’APA accepte, par exemple, d’effacer des douzaines de maladies douteuses.

L’@mi – Qu’est-ce cela signifie pour notre société moderne ?

C.L. – Cela souligne surtout la puissance incroyable que nous avons accordée à des organismes comme l’APA pour décider du nombre de maladies psychiatriques et comment elles devaient être traitées. Cela s’explique en grand partie en raison des milliards de dollars dépensés chaque année par l’industrie pharmaceutique en publicité pour faire croire aux Américains et aux Européens que la solution à leurs angoisses ou à leurs problèmes quotidiens se trouve dans la médecine, sous la forme de pilules. Nous regardons hors de nous-mêmes pour trouver la solution à nos souffrances et à nos malheurs, souvent parce qu’il est plus simple de croire que nous pouvons trouver un remède chimique plutôt qu’adopter un changement de vie. Je pense que cela à profondément changé notre compréhension de la normalité. À cause de l’APA, de moins en moins de gens peuvent se considérer comme normaux sans avoir besoin d’une aide médicale ou psychiatrique.

L’@mi – Cette attitude représente-elle un danger pour la société ?

C.L. – Aux États-Unis, plus de 67,5 millions de personnes – soit un quart de la population – ont suivi un traitement d’antidépresseurs. Aujourd’hui nous commençons seulement à saisir les effets secondaires de ces drogues à court terme comme le risque d’attaque, de crise cardiaque, d’insuffisance rénale ou d’anomalies congénitale lorsque le traitement est pris pendant la grossesse. Pour le long terme, nous ne disposons pas encore de données sur plusieurs générations tout simplement parce qu’elles n’ont pas encore été étudiées. Je trouve cela franchement alarmant.

Les entreprises pharmaceutiques augmentent la recherche sur leurs produits, mais les échecs ne sont jamais communiqués, ce qui donne l’impression que toutes ces drogues son efficaces. Plutôt que de se sentir concernés par ce qu’ils ignorent sur ces substances, des psychiatres influents aux Etats-Unis continuent de les prescrire massivement aux adolescents et aux jeunes enfants, en déclarant même que bien plus de gens devraient en prendre.

Ils publient dans les grands journaux psychiatriques des déclarations qui proclament « Environ la moitié des Américains remplissent les critères de définition d’un trouble répertorié au DSM-IV », ce qui signifie que la moitié du pays peut-être décrite comme mentalement malade. Ceci aurait pu relever de la science-fiction, mais cela relève maintenant de réalité sociale. Les psychiatres en question ne disent jamais, « vous savez, si nous considérons la moitié du pays comme mentalement malade c’est peut-être que notre Manuel de Diagnostic est douteux, notre pensée fausse, notre recherche imparfaite et nos arguments exagérés. »

Au lieu de cela, ils insistent pour que l’apathie, l’achat compulsif, le « syndrome parental d’aliénation » et l’abus d’internet soient inscrits dans la prochaine édition du Manuel de Diagnostic en 2012. Je pense que de tels dangers parlent d’eux-mêmes.

[1] Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions de Christopher Lane, traduit dans l’anglais par François Boisivon, Flammarion, coll. « Bibliothèque des savoirs », 370 p., 26 €.

Enfermedades en venta [Diseases for Sale]

 

El londinense Christopher Lane es una personalidad del campo de las ciencias humanas en los Estados Unidos. Profesor de literatura en la Universidad Northwestern de Chicago, especializado en la historia intelectual en los siglos XIX y XX, sacude a menudo el conformismo universitario. Esta vez ha investigado por el lado de los laboratorios farmacéuticos, de las agencias de publicidad y de la administración para explicar cómo la sociedad inventa enfermedades para vender medicamentos. Resultado: su brillante ensayo sobre la manera según la cual el introvertido ha sido recalificado en psicótico (…) se ha instalado entre las mejores ventas durante nueve meses en 2007.En esta investigación que aparece estos días en (la editorial) Flammarion, cuenta cómo las comisiones, tras sus puertas cerradas, han conseguido transformar en seis años un rasgo de carácter —la timidez—en patología, tras épicas batallas de diagnósticos. Pero Christopher Lane nos propone también reflexionar acerca de esta curiosa voluntad de cuidar (soigner) la angustia social (anxieté sociale) y también acerca de la idea misma de normalidad en nuestras sociedades asépticas.

Entrevista

L’Amateur d’idées: Usted explica muy bien cómo la ansiedad se ha convertido en una enfermedad. ¿Por qué ha sido así?

Christopher Lane: En primer lugar, porque la Asociación Americana de Psiquiatría (APA) ha añadido en 1980 la “fobia social” a la lista de nuevas enfermedades mentales con síntomas como “el miedo a comer solo en un restaurante” o “el miedo a hablar en público”, lo que viene a ser exactamente la timidez. Las sociedades de comunicación y de publicidad han propagado después esta idea en los medios y los laboratorios farmacéuticos han intentado convencer al gran público de que era preciso hacer frente a una “epidmia de timidez”. Es así que, en 1993, la publicación Psychology Today ha calificado a la fobia social de “trastorno del decenio”. Mirando lo que ha pasado, me asombra ver cómo una tan pequeña prueba científica ha permitido crear una nueva enfermedad, permaneciendo a la vez impermeable a la verdadera tragedia que podía suponer sobre la gente.

En un segundo tiempo, se comprende que la APA quería suprimir la “neurosis de angustia” de su manual diagnóstico, porque el término de neurosis estaba demasiado connotado al psicoanálisis y no era aparentemente lo suficientemente científico para ella. Pero su propio modo de proceder entraña más de hipótesis que de ciencia. Después de haber decidido que la inquietud era un desorden mental, la APA se ha visto obligada a redefinir –de hecho, a reinventar- todos los aspectos de esta inquietud, incluso bajo sus formas relativamente ligeras, otorgándoles términos psiquiátricos.

De esta manera, por ejemplo, ha creado el desorden de pánico, el trastorno por ansiedad generalizada, y la fobia social. Resultando que millones de americanos, europeos y asiáticos han tomado medicamentos únicamente porque un comité se ha reunido hacia el final de los años setenta y algunos psiquiatras han logrado hacer adoptar sus hipótesis como nuevos trastornos mentales. He revisado su correspondencia, sus relaciones y a menudo sus debates y estoy obligado a constatar que su justificación es tan débil como inquietante.

L’ami: ¿Cómo ha sido percibida la timidez antes de nuestra época moderna? ¿Ha sido mal o bien vista?

C.L.: Durante los tres últimos decenios, la timidez ha sido percibida como una forma fuertemente fragilizante y causa de gran angustia y a menudo de abatimiento. En los siglos XIX y XX, en general, la timidez ha sido asimilada a la modestia, a la introspección, y era vista a menudo como un rasgo de carácter sin importancia, hasta positivo. Hoy, es cierto que la mitad de estas personas se definirían como tímidas. Es infinitamente banal ver a las personas definir su personalidad a partir de ese momento. Sin embargo, es interesante recordar que antes del siglo XVII, la palabra no se aplicaba más que a los animales (los caballos, por ejemplo, eran desconfiados), y que durante largo tiempo, incluso cuando se aplicaba a los hombres, no se utilizaba más que para describir grupos e incluso comunidades enteras juzgadas discretas o retiradas. De tal modo que la idea de que la timidez tiene una dimensión patológica en el individuo es, en efecto, muy reciente.

L’Ami: ¿Cuál ha sido la importancia de los laboratorios terapéuticos en este proceso?

C.L.: Las empresas farmacéuticas han comenzado a jugar un rol significativo desde el fin de los años 50 y comienzo de los años 60, cuando empezaron a lanzar antidepresivos y otros psicótropos para el consumo individual y no, como ocurría en el pasado, para los grandes hospitales psiquiátricos administrados por el estado. El Collegium Internationale Neuropsychopharmacologium (CINP) se constituyó en los años 50 y sus primeros congresos fueron organizados por las grandes casas de la industria farmacéutica como Roche, Sandoz y Rhone-Poulenc. En los Estados Unidos, desde 1997, las empresas farmacéuticas han concentrado sus enormes recursos financieros en el desarrollo de estos mercados de consumidores y han gastado para ello cerca de 2.370 millones de euros cada año en publicidad. La campaña para la timidez decía: “Y si usted fuera alérgico a la gente?” Para el Deroxat, el medicamento prescrito en esta campaña, le ha costado a GlaxoSmithKline 72,7 millones de euros en publicidad y promoción en el año 2000, o sea 3 millones de dólares más que lo que se gastó a favor del Viagra.

L’Ami: ¿Todos los psiquiatras americanos aceptan el Manual Diagnóstico de la APA?

C.L.: De hecho nadie lo acepta. La mayor parte de ellos constatan que el Manual Diagnóstico plantea más problemas que los que resuelve, que es poco fiable, contradictorio, y que apunta a enfermedades que no son tales. Pero dado que este Manual ha sido acreditado de tal autoridad por una gran número de reputados psiquiatras, que está reconocido por las compañías de seguros médicos, los tribunales, las prisiones, las escuelas y la mayor parte de los profesionales de la salud en los Estados Unidos, este desacuerdo es insignificante y no empaña en nada su prestigio. Recientemente, los medios americanos han empezado a interesarse por la historia de este Manual, su contenido y se han planteado preguntas al respecto. Pero tenemos aún mucho camino por hacer antes de que la APA acepte, por ejemplo, borrar docenas de enfermedades dudosas.

L’Ami: ¿Qué significa esto para nuestra sociedad moderna?

C.L.: Subraya sobre todo la potencia increíble que hemos concedido a organismos como la APA para decidir acerca del número de enfermedades psiquiátricas y de cómo deben ser tratadas. Esto se explica en gran parte en razón de los miles de millones de dólares gastados cada año por la industria farmacéutica en publicidad para hacer creer a los americanos y a los europeos que la solución a sus angustias o a sus problemas cotidianos se encuentra en la medicina, bajo la forma de píldoras. Miramos fuera de nosotros mismos para encontrar la solución a nuestros sufrimientos y a nuestras desgracias, a menudo porque es más simple creer que podemos encontrar un remedio químico antes que adoptar un cambio de vida. Pienso que esto ha cambiado profundamente nuestra comprensión de la normalidad. A causa de la APA, cada vez son menos las personas que pueden considerarse como normales sin tener necesidad de ayuda médica o psiquiátrica.

L’Ami: ¿Esta actitud representa un peligro para la sociedad?

C.L.: En los Estados Unidos, más de 67,5 millones de personas, o sea un cuarto de la población, ha seguido un tratamiento con antidepresivos. Es ahora solamente cuando empezamos a comprender los efectos secundarios de estas drogas a corto plazo, como el riesgo de ataque, de crisis cardíaca, de insuficiencia renal o de anomalías congénitas cuando el tratamiento se produce durante el embarazo. A largo plazo no disponemos aún de datos sobre diversas generaciones, simplemente porque no han sido estudiados todavía. Encuentro esto francamente alarmante. Las empresas farmacéuticas aumentan la investigación sobre sus productos, pero los fracasos nunca son comunicados, lo que da la impresión de que todas estas drogas son eficaces. En lugar de preocuparse por lo que ignoran de estas substancias, algunos psiquiatras influyentes en Estados Unidos continúan prescribiéndolos masivamente a los adolescentes y a los jóvenes enfermos, declarando incluso que bastante más gente lo deberían tomar. Publican en las grandes publicaciones psiquiátricas declaraciones que proclaman “Cerca de la mitad de los americanos cumplen los criterios de definición de un trastorno del DSM-IV”, lo que significa que la mitad de la población puede ser descrita como mentalmente enferma. Esto podría parecernos de ciencia ficción, pero expresa la realidad social actual. Los psiquiatras en cuestión no dicen nunca: “Mire, si nosotros consideramos la mitad del país como mentalmente enferma es tal vez que nuestro Manual de Diagnóstico es dudoso, nuestro pensamiento falso, nuestra investigación imperfecta y nuestros argumentos exagerados”. En lugar de esto, insisten para que la apatía, la compra compulsiva, el síndrome de alienación parental y el abuso de Internet sean inscritos en la próxima edición del Manual Diagnóstico en 2012.

Traducción: Juan del Pozo

Prozac Nation, Prozac Violence?

REPOSTED (orig. March 1, 2008) —

Five days after the February 2008 shooting rampage at Northern Illinois University, the Chicago Tribune ran a headline that caught my eye: “Doctors: Prozac, Violence Rarely Linked.” Given the ambiguous grammar, it was hard to tell if the headline was warning doctors about links between the antidepressant and violence or quoting doctors as saying we needn’t be concerned about such links. A complete ruling on the matter would of course be reassuring. It might calm nationwide jitters that the cocktail of drugs—Prozac, Xanax, and Ambien—that Steven Kazmierczak had abruptly stopped taking, days before he went on his shooting spree, was connected with the violence that followed.

The Tribune headline implied that although there was a connection between Prozac and violence, it was not a significant one. When I read the article, however, I learned that Jeremy Manier, its author, wasn’t so sure. Quoting deep-seated concern by experts at renowned local hospitals, including the University of Chicago Medical Center and Northwestern’s Feinberg School of Medicine, he wrote: “About one-fifth of people who halt a course of Prozac-like drugs report symptoms associated with a condition known as discontinuation syndrome, which can include abdominal pain, dizziness, crying spells, irritability and even a sensation similar to an electrical shock in the patient’s arms or legs.”

A disturbingly large number of studies corroborate Manier’s statement. Warnings from experts about a host of problems tied to ending S.S.R.I. (selective serotonin reuptake inhibitor) treatment have spotlit other areas of concern about this class of medication—areas that will need exhaustive investigation before they can be considered resolved. These include the drugs’ effectiveness relative to placebo, and their published track record. The New England Journal of Medicine recently disclosed that the drugs’ successes have been consistently exaggerated over a period of seventeen years. As a result of such distortion, drugs like Zoloft appear in the pharmacological literature to be 70 percent more effective than the data tell us they actually are.

Given the prevalence of discontinuation syndrome and the erratic effect of mixing different classes of medication, no one should rush to judgment. Many variables are in play, including how differently people respond to S.S.R.I. medication; how severely disordered they were before taking it; and whether they are using it in combination with other drugs like Xanax and Ambien. But the sheer amount of guesswork surrounding such combinations, and how common they have become, should give us pause. The current concern about S.S.R.I. medication intensifies when one considers how many patients are cycling through other kinds of drugs at the same time, interactions that are not fully known or studied.

Not all discontinuation symptoms result in self-inflicted or externalized violence, a point I mention rather than minimize. But the reason the Food and Drug Administration added black-box warnings to S.S.R.I.s, alerting physicians to the risks of prescribing them to children and adolescents, was concern about their spotty track record and, in particular, indications of a link to violence. Numerous studies over the years pointed to a significant number of patients on the drugs who either attempted suicide or obsessed about doing so. The agency decided that it needed to take action. No one wanted a disturbing pattern to balloon into an established trend.

The drug companies want to relabel these symptoms as a resurgence of the original disorder. The problem they face in doing so is that discontinuation syndrome is entirely drug related. Prozac’s maker, Eli Lilly, has fought several protracted legal battles trying to dislodge evidence that its psychotropic is linked to violence—and Lilly is not the only drug maker that has had trouble making its case convincing.

As the Tribune’s Manier reminds us, Eric Harris and Dylan Klebold, the shooters at Columbine High School, abruptly stopped taking the same class of antidepressant medication days before they opened fire on their classmates. Jeff Weise, the Red Lake High School killer in Minnesota, was taking Prozac before he killed nine people and then himself. Pekka-Eric Auvinen, the eighteen-year-old who began shooting in Jokela High School, Finland, had a history of S.S.R.I. use. According to investigators, so did Seung-Hui Cho, who killed thirty-two people at Virginia Tech and wounded dozens more.

The list of other killings involving S.S.R.I. psychotropic medication is distressingly long. It includes Michael McDermott, the software engineer who went on a rampage in Massachusetts, killing nine; Byran Uyesugi, who shot seven of his colleagues in Hawaii; and Charles Carl Roberts IV, who assassinated five Amish school girls before shooting himself.

Such incidents may amount to nothing more than an awful set of coincidences. But many people are sufficiently alarmed by signs of a pattern to suggest that the repeated use of psychotropic medication is involved—that drugs are part of the problem here, rather than, as commonly assumed, its solution. With the pattern that is emerging, the standard defense by psychiatrists and drug companies—that patients’ quitting medication simply demonstrates how much it was needed in the first place—holds less water, especially in light of the black-box warnings, added to these drugs by the F.D.A, that indicate they can increase suicide ideation in patients, including in those who stop taking their medication abruptly.

Was the Tribune headline correct, then, when it called Prozac and violence “rarely linked”? The answer to that question depends in large measure on how one defines “rarely” and “linked.” Some would say that “rarely” is not a word to generate much concern, because the number it refers to is statistically insignificant. Yet according to the International Review of Psychiatry, more than 67.5 million Americans—almost a fifth of the country—have taken a course of S.S.R.I. medication. Twenty percent of them constitutes a sizable crowd—roughly the metropolitan populations of New York City and Los Angeles combined.

What about “linked”? Interestingly, Manier’s statement about the one in five patients who experience discontinuation syndrome on Prozac corroborates the words of Paul N. Jenner, who in 1998 distributed a confidential memo on this subject to executives at GlaxoSmithKline. Jenner was at the time the company’s Director and Vice President of Worldwide Strategic Product Development, so he was well placed to warn that Paxil too presented a “20 percent relapse rate.” Nevertheless, when highlighting what his report dubbed “Issues Management,” Jenner assured colleagues that “our highly skilled sales and marketing efforts” would spin “the discontinuation issue,” deflecting negative publicity by playing up Paxil’s “flexibility and control.”

In the report, at least, Jenner voiced not a shred of concern that one in five patients on Paxil was experiencing mild-to-serious side effects. (A later health report from GSK would list these as including risk of coma, birth defects, blood aggregation problems, and renal failure.) He was far more worried about the “fight for market share,” with competitors like “Lilly and Pfizer resorting to aggressive tactics to undermine Seroxat/Paxil’s growth.”

“Lilly,” Jenner complained, was “currently focusing on the issue of discontinuation, on trying to turn a disadvantage into an advantage by playing to the supposed strength of [Prozac’s] long half-life . . . providing an in-built tapering mechanism. This is clearly a marketing ploy,” he concluded, “already seen through by most psychiatrists, and a sign of desperation in the fight for market share.”

Coming from the makers of Paxil, such complaints might sound like the pot calling the kettle black. But Jenner was right that Lilly had tried to sugarcoat grave concern among clinicians and researchers about Prozac’s discontinuation syndrome—concern that helped prompt the FDA to take action, but that has not gone away, because discontinuation syndrome afflicts all ages.

As there are still so many “unknown unknowns” about S.S.R.I. antidepressants, what is needed now is a frank, open dialogue about the evidence we do have, including the efficacy and erratic effects of these medications when combined with other drug treatments. Longer clinical trials representing the full spectrum of patient reaction over six months—rather than, as is common, two weeks—would give us a clearer picture of how the brain and central nervous system react when patients come off this class of medication. As the Tribune article and a litany of studies make disturbingly clear, the evidence is mounting that these psychotropics have far more worrisome, unpredictable effects than large numbers of prescribers and drug makers would have us believe.

Christopher Lane, Professor of English at Northwestern University, is the author most recently of Shyness: How Normal Behavior Became a Sickness.